Je vais faire quelque chose d'un peu bizarre : vous expliquer comment nous choisir, en incluant les critères sur lesquels je ne sortirais pas forcément gagnant.
Parce que le vrai problème, quand on cherche un photographe, ce n'est pas le manque d'options. C'est que tout le monde a l'air bien. Tous les portfolios sont beaux, tous les avis sont à cinq étoiles, tout le monde promet du naturel et de l'authenticité.
Alors voici comment trier.
1. Regardez des reportages entiers, pas des best-of
C'est le conseil le plus utile de cette page.
Un portfolio, c'est une sélection. Trente images choisies parmi cinquante mille. N'importe qui ayant photographié cinquante mariages peut composer trente images magnifiques.
Ce qui compte, c'est la régularité. Demandez à voir une galerie complète d'un mariage entier, du début à la fin. Un photographe qui refuse ou qui esquive, c'est déjà une réponse.
Et regardez particulièrement les moments ingrats : le vin d'honneur en plein soleil, les discours en intérieur sombre, le milieu de journée où la lumière est dure et où plus personne n'est frais. C'est là qu'on voit le niveau. Les préparatifs près d'une fenêtre, tout le monde les réussit.
2. Vérifiez que le style vous ressemble, pas qu'il est joli
Il y a une différence entre « ces photos sont belles » et « je nous vois là-dedans ».
Posez-vous la question autrement : est-ce que ce sont les photos des gens que vous êtes ? Si vous êtes du genre à rire fort et à ne pas tenir en place, un portfolio très posé et très composé, aussi beau soit-il, va vous mettre mal à l'aise pendant douze heures.
Et l'inverse est vrai. Si vous rêvez de portraits très construits, un photographe documentaire qui ne dirige presque pas va vous laisser sur votre faim.
Il n'y a pas de bon style. Il y a le vôtre.
3. Rencontrez-le. Vraiment.
Vous allez passer douze heures avec cette personne. Elle sera là quand vous vous habillez, quand vous pleurez, quand votre père vous prend dans ses bras.
Si le courant ne passe pas au premier appel, ça ne passera pas mieux le jour J. Sous stress, avec du retard et une robe qui gratte, ça passera même beaucoup moins bien.
Le test simple : est-ce que vous vous sentez à l'aise, ou est-ce que vous vous sentez évalués ? Un bon photographe pose des questions sur vous — comment vous vous êtes rencontrés, à quoi ressemble votre famille, ce qui vous angoisse dans cette journée. Un photographe qui parle surtout de son matériel et de ses forfaits vous dit quelque chose sur ce qui l'intéresse.
4. Un photographe, c'est aussi un invité
C'est la façon dont je vois mon métier, et c'est peut-être le meilleur critère de tous.
Je suis là du matin au soir. Je suis dans la chambre pendant les préparatifs, à la mairie, au vin d'honneur, à table, sur la piste. Aucun de vos prestataires ne reste aussi longtemps, et aucun n'est aussi près de vous.
Alors la question à se poser, en raccrochant, est très simple : est-ce que cette personne pourrait faire partie de nos invités ?
Si la réponse est non, ça se verra sur les images. On ne se détend pas devant quelqu'un qu'on n'aurait pas invité.
C'est aussi pour ça que, le jour J, j'essaie d'apprendre un maximum de prénoms. Les témoins, les frères et sœurs, les parents, les amis proches. Ça paraît anecdotique, et c'est en réalité le cœur du travail : quelqu'un qu'on appelle par son prénom n'est plus « le photographe ». Il fait partie du groupe.
Et on ne se tient pas devant un membre du groupe comme on se tient devant un inconnu avec un appareil. Les photos naturelles ne viennent pas d'un boîtier ni d'un réglage. Elles viennent de là.
5. Les six questions à poser
Court, précis, et ça règle 90 % des mauvaises surprises.
« Que se passe-t-il si vous êtes malade le jour J ? » La bonne réponse : un réseau de confrères, et une clause dans le contrat. Pas « ça n'arrive jamais ».
« Combien de mariages faites-vous par an ? » Peu importe le chiffre. Ce qui compte c'est qu'il y ait une réponse claire. Vingt mariages bien accompagnés valent mieux que soixante à la chaîne.
« Quel est le délai de livraison, et qu'est-ce qui est retouché ? » Six à huit semaines est un standard raisonnable. Au-delà de trois mois, demandez pourquoi.
« Qu'est-ce qu'on a le droit de faire avec les photos ? » Impression, partage, retouche, usage professionnel. Demandez que ce soit écrit. J'ai détaillé le sujet ici.
« Et si on ne veut rien publier ? » La réponse doit être immédiate et détendue.
« Comment on prépare la journée ensemble ? » Un photographe qui vous répond « je viens et je photographie » ne vous aidera pas sur le timing, alors que c'est souvent là qu'une journée se joue.
6. Les signaux qui doivent vous alerter
Un portfolio hétérogène. Si les images ne semblent pas venir de la même personne, elles ne viennent peut-être pas de la même personne.
Aucun contrat, ou un contrat vague. Un devis n'est pas un contrat. Vous voulez du écrit sur les horaires, le nombre de photos, les délais, l'annulation, la publication.
Une pression à signer. « Il ne me reste qu'une date » est parfois vrai. Mais si ça s'accompagne d'une remise qui expire ce soir, méfiez-vous.
Des réponses floues sur le prix. Un photographe qui ne veut pas vous donner de chiffre avant un rendez-vous vous fait perdre du temps, et il le sait.
7. Le budget, en dernier
Je sais que c'est plus facile à dire quand on est photographe. Mais voici le raisonnement.
En Île-de-France, une journée complète se situe globalement entre 1 900 et 2 400 € — j'ai relevé les chiffres du marché ici. En dessous, ce n'est pas forcément moins bien : c'est souvent moins d'heures de retouche, moins de préparation, ou un photographe qui démarre.
Ce qu'il faut avoir en tête, c'est ce qui reste. Les fleurs fanent, le gâteau se mange, la salle se rend le lendemain matin. Les photos, c'est ce que vous regardez dans vingt ans.
Ça ne veut pas dire qu'il faut y mettre une fortune. Ça veut dire que si vous devez arbitrer, arbitrez en connaissance de cause.
Ce que je conseillerais à un ami
Faites une présélection de trois photographes dont le travail vous touche vraiment. Regardez une galerie complète de chacun. Appelez les trois.
Et choisissez celui avec qui vous avez eu envie de continuer à parler après la fin de l'appel.
Dans ma petite expérience, c'est le meilleur critère qui existe. Et il ne coûte rien.
Je photographie des mariages à Paris et dans les Hauts-de-Seine. Si vous voulez voir une galerie complète — pas une sélection — demandez-la moi, je vous l'envoie.