Il y a quelques années, j'ai mené un projet qui s'appelait Baguette et Béret : photographier des gens dans la rue, avec une baguette et un béret. C'était un jeu, et ça m'a appris Paris mieux que n'importe quel repérage.
Parce qu'en cherchant des inconnus à photographier, on ne prend pas les avenues. On entre dans les cours, on remonte les passages, on tourne au coin pour voir ce qu'il y a derrière. Et on découvre que les endroits les plus photogéniques de Paris ne sont presque jamais ceux qu'on met sur les cartes postales.
Voilà ceux que j'utilise pour les séances de couple.
L'île de la Cité, la pointe et la place Dauphine
C'est mon coin préféré de Paris, et c'est probablement le plus dense en possibilités par mètre carré.
La place Dauphine est un triangle d'arbres et de façades presque entièrement fermé à la circulation, avec des terrasses. On y est à cinquante mètres du Pont Neuf et on n'entend plus la ville.
La pointe de l'île — le square du Vert-Galant — descend au niveau de l'eau, sous le pont. La Seine des deux côtés, les péniches, et une lumière qui rebondit sur l'eau en fin de journée.
Entre les deux, il y a le Pont Neuf, qui fait le lien — et qui est le plus vieux pont de Paris malgré son nom. On tient une séance entière sur ces trois lieux sans jamais marcher plus de trois minutes.
Les colonnes de Buren, et la galerie qui est juste à côté
Les colonnes de Buren, dans la cour du Palais-Royal, sont un décor géométrique qui ne ressemble à rien d'autre : des rayures noires et blanches, des hauteurs différentes, un damier au sol. On y fait des images graphiques, très différentes du reste.
Le jardin du Palais-Royal, juste derrière, offre l'inverse : des allées d'arbres taillés, des arcades, du calme.
Et à cinq minutes, la galerie Vivienne — mosaïques au sol, verrière, rotonde, boutiques anciennes. C'est l'un des plus beaux passages couverts de Paris, et il est chauffé, ce qui compte davantage qu'on ne croit en février.
Les quais, Saint-Michel, l'île Saint-Louis
Tout le monde photographie Notre-Dame. Presque personne ne descend sur les quais qui la longent, et c'est pourtant là que ça se passe.
Les quais de l'île Saint-Louis ont des marches qui descendent à l'eau, des arbres qui plongent, et des terrasses au coin des rues. On y croise des gens qui déjeunent, des musiciens, personne qui vous regarde.
C'est aussi le secteur où l'on trouve le plus facilement une terrasse pour s'asseoir dix minutes avant de commencer — et ce café-là fait partie de la méthode, pas des politesses.
Autour de la tour Eiffel, sans la tour Eiffel au milieu
J'ai photographié beaucoup de couples dans ce quartier, et l'erreur la plus fréquente est de vouloir la tour entière dans le cadre. Ça donne une carte postale, avec deux personnes petites devant.
Ce qui marche, ce sont les endroits d'où on la devine : un bout de tour au fond d'une rue, un banc avec la structure floue derrière, un café dont la vitre la reflète. Elle est là, on la reconnaît, et l'image reste celle d'un couple — pas celle d'un monument.
L'esplanade fonctionne aussi, tôt le matin, quand elle est vide.
Les jardins : Luxembourg et Tuileries
Le jardin du Luxembourg est le plus élégant de Paris et le plus difficile à rater. Les chaises vertes, le bassin, les allées, les statues. Il se prête particulièrement aux séances calmes, où l'on s'assoit et où l'on parle.
Les Tuileries ont un caractère plus ouvert, plus minéral, et un axe magnifique de la Concorde à la Madeleine. Il y a aussi des terrasses à l'intérieur du jardin, ce que peu de gens savent — on s'assoit sous les arbres, avec un café, sans quitter le décor.
Trois palais, et des jardins qu'on ne soupçonne pas
Le Petit Palais est gratuit, et il abrite un jardin intérieur en péristyle, avec une galerie à colonnes, un bassin et une végétation dense. Un décor à l'italienne, en plein Paris, où l'on est à l'abri du vent et du monde.
Le Grand Palais, en face, joue dans un autre registre : la verrière, l'échelle, quelque chose de solennel qui va bien aux tenues de mariage.
Et il y a le Palais Galliera, dans le 16e — le musée de la Mode. C'est un de mes endroits préférés, et il est très peu photographié. Un palais à l'italienne, une façade à colonnes, un escalier, et surtout son square, le jardin Brignole-Galliera, qui est ouvert à tous et où personne ne pense à aller. On y a des allées, des arbres, un bassin, et la façade en fond de champ.
Ce qui achève de le rendre parisien, c'est ce qu'il y a à côté : on remonte deux rues et on est place d'Iéna, avec la tour Eiffel en face. Le musée, le jardin, la vue — sans reprendre la voiture.
Pour une séance de jeunes mariés en tenue, c'est le secteur que je propose le plus volontiers.
La Bastille et le port de l'Arsenal
Un décor complètement différent, et je le mets exprès dans cette liste pour montrer l'écart : le port de l'Arsenal, en contrebas de la place de la Bastille, aligne des bateaux, des quais bas et de la verdure. C'est presque une marina, à dix minutes du Marais.
C'est le bon endroit pour un couple qui ne se sent pas à sa place dans un décor haussmannien.
Les passages couverts, et la question de la pluie
C'est la réponse à une inquiétude qui revient toujours : et s'il pleut ?
On ne perd rien. Paris a une trentaine de passages couverts du XIXe siècle, chauffés, éclairés par des verrières, et vides en semaine. Ce sont des décors à part entière — pas des solutions de repli.
Les miens :
La galerie Vivienne (2e), la plus belle, avec ses mosaïques et sa rotonde. La galerie Véro-Dodat (1er), plus sombre, plus théâtrale, avec ses colonnes et ses miroirs. Le passage des Panoramas (2e), le plus ancien, animé, plein de terrasses. Le passage Jouffroy (9e), avec son escalier et son sol en damier, qui donne sur le passage Verdeau — bouquinistes et lumière douce. Et le passage du Grand-Cerf (2e), le plus haut de tous, presque douze mètres sous verrière.
Et puis il y a la Cité Berryer, entre la rue Royale et la rue Boissy-d'Anglas, à deux pas de la Madeleine — le Village Royal. C'est le genre d'endroit que j'aime le plus : une petite cour pavée, des façades claires, une verrière au fond, et personne. On passe devant l'entrée toute sa vie sans la voir.
Et si on ne veut pas se mettre à l'abri, les parapluies donnent de très belles images. La pluie n'est pas un problème dans Paris — c'est un décor de plus.
La carte
Mes endroits dans Paris
Dix lieux, du plus classique au plus inattendu. Cliquez sur un point pour voir ce qu'il donne et quand y aller.
Paris 1er
Place Dauphine
Un triangle d'arbres et de façades, presque sans voitures, avec des terrasses. On n'entend plus la ville.
- Lumière :
- Fin de journée
- Accès :
- Métro Pont-Neuf
Un seul quartier, et on tourne autour
Je n'enchaîne pas cinq arrondissements. On prend un secteur, et on tourne autour en marchant.
C'est délibéré, et c'est encore plus vrai ici qu'ailleurs : cinq lieux dans Paris, ce sont quatre trajets et une séance passée dans le métro. Un quartier bien choisi offre plus de variations qu'on ne croit — on change de rue, on entre dans une cour, on ressort sur un quai, on s'assoit à une terrasse. Le temps gagné passe dans les images.
Le reste, c'est la même chose partout
Le dimanche, la fin de journée, le café pour commencer : la méthode ne change pas selon le décor, et je la détaille dans l'article sur les séances au vert. Inutile de la réécrire ici.
Une chose y pèse simplement plus lourd qu'ailleurs : le stationnement est gratuit le dimanche. Se garer dans le centre un samedi coûte cher et fait perdre un quart d'heure ; le dimanche, la question ne se pose pas.
Et si vous avez un lieu à vous quelque part dans Paris — la rue où vous habitiez, le café du premier rendez-vous, le quai où il y a eu le premier baiser —, dites-le-moi. On l'utilisera, et je me charge de le rendre photogénique : c'est mon travail, pas le vôtre.